Zazen Shikan Taza - Méditation pratiquée
et enseignée par Mikao Usui
"L'eau, si vous ne l'agitez pas, deviendra claire ; l'esprit, laissé inaltéré, trouvera sa propre paix naturelle"
Une fois que tout est réalisé comme Bouddha
La méditation et la vue n'existent plus séparément
Adopter ce chemin est la vue suprême
En méditant, nul ne peut trouver Bouddha
En l'absence de méditation, on ne le perd pas davantage
Demeurez dans la non-distraction de l'état naturel
Portez votre regard très loin, mais sur aucun objet en particulier. Entendez naturellement, mais n'écoutez rien en particulier. Acceptez tout ce que vous sentez, mais ne prêtez attention à aucune sensation. Laissez votre conscience s'absorber complètement dans l'océan illimité de la tranquillité.
Michio Kushi
Zazen signifie littéralement la “méditation - état de conscience sans mouvement, sans objet, sans référence” (zen) “assise” (za). Shikan signifie “rien que”, “seulement”, ta signifie “frapper” et za “être assis”. Le shikan-taza est donc une pratique où l’esprit se concentre intensément sur la posture assise, le seul fait de “juste s’asseoir”, avec intrépidité, tel un tigre prêt à bondir. Étymologiquement, le mot shi-kan provient du chinois chih (shamatha - le calme mental) et kuan
(vipashyana - et vision pénétrante, repos calme et vigilance.
La base même du shikan-taza est une foi inébranlable dans le fait que l'adoption de la posture du Bouddha, avec un esprit vidé de toute conceptualisation, de toute croyance et de toute opinion préconçue, entraîne la réalisation ou le déploiement de l'esprit bodhi (bodai-shin : sagesse intrinsèque ; conscience éveillée) dont tous les êtres sont dotés.
Yasutani Roshi
Doctes et bons amis, le calme et la sagesse sont les fondements de ma méthode. Avant tout, ne tombez pas dans l'erreur de croire que ce sont deux choses différentes. C'est une seule et même substance, et non deux. Le calme est la substance de la sagesse, et la sagesse est la fondation du calme. Chaque fois que fonctionne la sagesse, le calme est en elle. Chaque fois que le calme fonctionne, en lui est la sagesse.
Hui-Neng, Sixième Patriarche Zen
Zazen, c'est simplement être présent pendant zazen lui-même ; c'est shikantaza. Ce n'est pas quelque chose que vous pourrez acquérir après avoir fait zazen. Il ne s'agit pas de conceptualiser le processus lui-même, mais de se concentrer sur le processus lui-même... Et le processus, c'est vous.
Dainin Katagiri
Les sept aspects de la posture méditative de Vairocana (ou posture des sept Vajra)
1 - jambes croisées (lotus ou demi-lotus)
2 - mains en posture de méditation (dyana-mûdra) ou reposant sur les genoux
3 - dos droit et épaules tirées en arrière
4 - menton légèrement rentré
5 - lèvres légèrement entrouverte, ainsi que les dents
6 - pointe de la langue touchant le palais supérieur, à la racine des dents
7 - regard vers le bas, suivant l’arrête du nez
"Il y a sept points particuliers au niveau physique concernant la position assise. La première chose importante est d'avoir la colonne vertébrale droite. Pour éviter des tensions dans la nuque, il suffit de la courber légèrement en avant. Les yeux sont dirigés vers le bas, ce qui relâche le front. Le bout de la langue touche la racine des dents supérieures, afin de décrisper la mâchoire. Puis, pour relâcher les épaules, les mains sont posées sur les cuisses, la droite sur la gauche et les pouces se touchant (ce qui permet d'unir les énergies droite et gauche). La position assise en lotus ou demi-lotus permet également de relier les différentes énergies corporelles en même temps que la relaxation du corps..."
Tarab Tulku
La méditation sans objet
La pratique du calme mental consiste à stabiliser l'esprit. Elle conduit à l'unité et clarifie les eaux troubles du mental pour permettre la compréhension de la nature ouverte.
La vision pénétrante, c'est la conscience claire et l'unité, la nature ouverte elle-même, sans concept ni séparation entre un “moi” qui perçois et un objet perçu.
Tulku Thondup
Shamatha - le calme maintenu dans l'esprit - c'est ne rien faire, c'est-à-dire relâcher toute saisie et toute crispation. Vipashyana - la vision pénétrante - c'est comprendre qu'il n'y a rien à faire, parce que l'esprit est pure sagesse et que tout s'y manifeste.
Pour ne diriger votre esprit sur aucun support ni objet, vous devez regarder fixement, directement dans l'espace, droit devant vous, les yeux ouverts et ne diriger votre esprit sur aucun objet quel qu'il soit. Sans laisser votre esprit penser à quoi que ce soit, ne tolérez pas même le plus léger errement mental. Ne dirigez pas votre esprit vers une réflexion sur les qualités que présente ou non cet état, sur le passé, ou l'avenir. Postez votre attention comme un espion qui contrôle avec beaucoup de diligence que vous ne vagabondez pas, puis détendez-vous. En d'autres termes, placez vous dans un état tranquille, sans artifice, de présence, ici et maintenant. Ne vous dispersez pas même pour un instant. Soyez aussi attentifs que lorsque vous enfilez une aiguille. Ne laissez pas votre esprit être turbulent, qu'il soit plutôt comme un océan sans vague. N'essayez pas d'accomplir quoi que ce soit d'une manière consciente, de vous-même ; observez plutôt votre esprit comme observe l'aigle qui plane. Soyez complètement libres de tout espoir et de toute inquiétude. Quand vous ne vous laissez pas aller à la dispersion, les pensées ne viennent pas. Mais, lorsque advient la dispersion, parce que vos pensées viennent les unes après les autres, essayez alors de les reconnaître pour ce qu'elles sont dès qu'elles s'élèvent : regardez-les en face, puis fixez votre esprit comme auparavant. Peu importe les pensées qui arrivent de cette façon ; reconnaissez-les simplement pour ce qu'elles sont. Dirigez votre attention sur elles dans rien penser de semblable à “Je dois les arrêter” ou “J'ai réussi à les arrêter”, ni vous sentir honteux ou malheureux. Regardez-les simplement avec l'oeil de la conscience discriminante. Prenez la pensée elle-même comme base ou objet de concentration pour votre esprit et fixez-le sur elle. Entraînez votre esprit à ne pas tomber dans un état trop tendu ni trop relâché.
IXe Karmapa - Le Mahamoudra (Ed. Yiga Tcheu Dzin)
Note : La méditation dite “sans objet”, ou sans support, est une pratique déjà assez avancée et réservée à ceux qui sont familiers avec l'assise méditative. Les personnes débutantes peuvent, quant à elle, suivre le va et vient naturel du souffle et poser leur attention dessus, avec douceur et légèreté, sans concentration forcée. Il convient juste de maintenir une qualité de présence ouverte et d'être un avec le souffle, de façon détendue et alerte à la fois.
Ne dirigez votre esprit sur aucun objet, ou plutôt, laissez-le lui-même se relâcher et se détendre en son état naturel, sans artifice, sans conscience d'un soi, sans préoccupations anxieuses. Placez-le simplement sur quoi que ce soit qui survienne. Laissez le devenir calme et détendu. Il trouvera sa propre stabilité. N'essayez pas d'accomplir quelque chose ou de vous donner du mal. Détendez-vous comme le petit enfant dont l'estomac est rempli, ou comme une botte de paille quand la corde qui la liait a été coupée. Fixez alors votre esprit et gardez votre attention sur le moment présent, de manière à ne vous distraire aucunement de cet état.Excepté cela, il n'est rien sur quoi méditer. Placez votre esprit en son état naturel et si vos sessions de méditation sont courtes, allongez-les légèrement. Demeurez dans un état d'esprit resplendissant et, si celui-ci s'évanouit, faites une pause. Néanmoins, même entre deux séances, que votre esprit garde un contrôle attentif.
Ouang Tchoug Dordjé, IXe Karmapa
La discipline de la pratique de shamatha (“méditation de la tranquillité”) consiste à ramener sans cesse l'esprit au souffle. Si vous êtes distraits, à l'instant même où vous vous en rendez compte, ramenez tout simplement votre esprit au souffle. Rien d'autre n'est nécessaire. Même se demander : “Comment est-ce possible que je me sois laissé distraire ?” est encore une autre distraction. La simplicité de l'attention, qui ramène sans cesse l'esprit au souffle, va progressivement l'apaiser.
Sogyal Rinpoché
Pendant que vous pratiquez la respiration consciente, l'objet de votre attention, de votre Pleine Conscience, est votre respiration ; vous arrêtez toute pensée. Qu'il s'agisse du passé, du futur, de votre douleur, de vos projets, etc., vous cessez de penser, et quand vous cessez de penser, vous commencez à être vraiment là, corps et esprit réunis.
Thich Nhat Hanh
Calmer son esprit, calmer ses émotions, développer la vision intérieure, par le maintien d'une posture stable et le contrôle du souffle, c'est élever notre niveau de conscience pour s'harmoniser et résonner plus près avec la Source de Vie de l'Univers, quel que soit le nom qu'on lui donne. Dans le coeur de l'homme, il y a un Bouddha qui demande à s'éveiller et à manifester pleinement sa puissance dans notre vie quotidienne, si tous les jours, nous savons faire le vide en nous et écouter sa voix. (...) Méditer, ce n'est pas tant concentrer l'esprit dans un effort mental, que de l'observer se calmer spontanément en regardant les pensées les unes après les autres apparaître, puis s‘épuiser et disparaître d'elles-mêmes sans que nous réagissions. (...) Quand la posture est stable, la respiration lente et profonde, le coeur rond, calme, brillant, l'énergie circule librement en nous. (...) Méditer, c'est développer une immense compassion au-delà des formes et des apparences. C'est comprendre que la Source de Vie est Unique et la même pour tous, et ceci nous rapproche les uns des autres.