Vivre le quotidien comme voie
Voici présentée dans ce numéro le cœur de la voie ouverte, du mahayana, l’apprentissage, l’entraînement de l’esprit et son intégration au quotidien. Rien à la fois de plus universel, actuel et provoquant que la mise en œuvre de la bienveillance et de la compassion dans les faits et gestes de notre quotidien. Travailler avec la texture des situations, y développer un esprit ouvert et dégagé, un cœur chaud et chaleureux, telle est l’essence du mahayana. Mais comment enlever, dépasser les obstacles qui limitent notre vision, les peurs et l’attachement au moi ?
La pratique de Tonglèn, accueillir et offrir, nous propose de vivre toute situation, quelle qu’elle soit, comme moyen de s’éveiller. La voie comprend toutes les expériences. Rien n’est à exclure ou à rejeter. Il est possible de tout transformer, simplement, naturellement ; aussi naturellement que la mer vient à bout des falaises les plus résistantes ou que la mère donne inconditionnellement de l’amour à son enfant.
Nous avons tous en nous cette possibilité de sortir du cocon de l’ego et de découvrir les qualités d’amour et de bienveillance, de compassion, qui sont notre bon fond, notre bon cœur, le cœur de notre vraie nature. Le mahayana est généreux ; le guerrier engagé sur cette voie souhaite inverser les attitudes égocentrées habituelles, nourrir, entretenir et cultiver le germe d’éveil qu’est bodhicitta, le cœur-esprit éveillé, et le mener à son plein accomplissement. Pour cela changer d’esprit, changer de mentalité, changer d’expérience. Mettre l’esprit d’éveil à la place de notre esprit habituel. S’entraîner à accueillir, à aspirer les choses indésirables, lourdes, obscures, désagréables, douloureuses et s’entraîner à exhaler les choses désirables, la fraîcheur, la clarté, la vivacité, la bienveillance, des expériences les plus immédiates au champ étendu de tout vivant.
Dépasser la pollution de l’ego, offrir la santé de l’éveil, c’est œuvrer en étant conscient de notre responsabilité individuelle et universelle, c’est témoigner de notre appartenance à la terre, à la famille humaine. Accueillir la pollution, offrir la santé, purifier l’atmosphère, dépolluer l’environnement, faire que notre vie est guidée par les valeurs saines de la bonté fondamentale. La faire vivre au quotidien est le sens de la voie. On s’entraîne, en toute occasion, à préserver ou à retrouver l’ouverture du cœur par des rappels de plus en plus spontanés et des slogans appropriés. Au milieu de nos activités, infuser le sourire détendu du cœur, accueillir ce qui est et offrir le meilleur de nous-même, devient le rappel d’une discipline de compassion dans laquelle vivre toute situation et toute relation.
Cette attitude est le secret du bonheur en soi et ensemble.
Lama WANGMO