Pour ceux qui aiment Rilke:
Ce qui est nécessaire, c'est seulement ceci: la solitude, la grande solitude intérieure. Pénétrer en soi-même et ne voir personne durant des heures, voilà ce à quoi il faut être capable de parvenir. Etre seul comme on était seul, enfant, lorsque les adultes allaient et venaient, pris dans des affaires qui semblaient importantes et considérables puisque les grandes personnes avaient l'air très occupées et parce qu'on ne comprenait rien à leurs faits et gestes.
Lorsqu'on s'aperçoit un beau jour que leurs occupations sont piètres, leur métier figé et qu'ils n'ont plus de lien avec la vie, pourquoi ne pas continuer, tel un enfant, à porter là-dessus le même regard que sur ce qui est étranger, d'observer tout cela à partir de la profondeur de notre propre monde, à partir de toute l'ampleur de notre solitude personnelle qui est elle-même travail, situation et métier? Pourquoi ne pas échanger la non-compréhension intelligente d'un enfant contre le rejet et le mépris, puisque aussi bien ne pas comprendre, c'est être seul, tandis que rejeter et mépriser c'est participer à ce dont on veut se séparer par ce biais-là.
Pensez, cher Monsieur, au monde que vous portez en vous et donnez à cette réflexion le nom que vous voudrez; qu'il s'agisse du souvenir de votre propre enfance ou d'une aspiration à votre propre avenir, soyez seulement attentif à ce qui s'éveille en vous et accordez-y une valeur supérieure à tout ce que vous observez autour de vous. Un événement au coeur de votre plus profonde intériorité est digne de tout votre amour, comme il doit mobiliser en quelque manière votre travail, sans prendre trop de temps ni trop d'énergie à expliquer votre attitude à l'égard des autres. Qui vous dit d'ailleurs que vous en ayez une qui fût arrêtée.